Laboratoire : Performance en Mouvement Organique Du 24 au 29 Juillet

« La performance est avant tout une action et une interaction. C’est l’action de chacun, et dans le même temps, de chacun avec l’autre. Cette interaction transforme la performance en un langage artistique ouvert à l’infini, en une expérience continue qui mêle le programmé et le non-programmé, en une recherche perpétuelle de la relation Art-Vie. »
Démosthènes Davvetas dans Marina Abramovic, méditation aux yeux fixes.

Ce laboratoire se déroulera du 24 au 29 juillet en Forêt de Brocéliande pour 8 à 10 participants maximum. Il sera guidé par Morgan Davalan

Infos pratiques ici

Performance en Mouvement Organique                 Concept et Contenu :

Au sens où je l’entend dans ces laboratoires la Performance est un espace-temps durant lequel le mouvement organique inhérent à chacun s’exprime devant des témoins.

Dans cette définition de la Performance il n’est nullement question de technicité, de prouesse ou d’exploit artistique, bien qu’exploit il y aura chaque fois. Le temps de la performance sera un moment de sincérité, un moment de vérité partagé pendant lequel le performeur ose le challenge d’être lui-même, en étant vu et en se donnant à voir. Dans sa réalisation la Performance sera une action avec un début et une fin, un avant et un après. Elle n’aura ni vocation à plaire ou à déplaire, elle sera.

Bien qu’elle n’aura pas comme objectif la réussite de quelque chose elle sera cependant d’un enjeu et d’un engagement majeur pour le performeur.

Pourquoi performer ?

La performance permet de transformer un mouvement intérieur en une expression extérieure.

Il nous arrive souvent de garder des désirs, des émotions, des rêves à l’intérieur … et que toutes ces choses se transforment en pensées, conscientes ou inconscientes. Souvent ces pensées meurent, où s’évaporent dans des recoins de notre inconscient, sans laisser de traces, mais parfois elles nous collent à la peau ou à l’esprit, reviennent en boucle, par cycles ou sont tout simplement fulgurentes.

Dans un mode de vie et une société où les espaces d’expression créatrice sont minces, voir inexistants, ces mouvements internes ne peuvent s’échapper de notre corps physique et psychique et restent coincés, enfermés. Cet emprisonnement peut dans certains cas être source de problèà0matiques physiques, émotionnelles ou il peut tout simplement empêcher un potentiel créatif de s’exprimer. Par la motorisation, c’est à dire l’action ici sous forme de performance, nous donnons à la personne la possibilité d’exprimer ces mouvements intérieurs et par là même de se découvrir, pour dépasser, déposer et aller plus loin sur son cheminement personnel.

Le mouvement a lieu partout et tout le temps. Il est dans le mouvement de nos cellules, la pulsation de notre sang, le rythme de notre respiration. Il est aussi dans les vagues de l’océan qui monte et qui descend, et dans l’alternance du jour et de la nuit. Le mouvement, c’est la vie, et le mouvement est la source de la danse (…).    Anna Halprin

Pourquoi la performance ?

La performance, par sa définition, nécessite la présence d’autrui au moment du temps de l’action, que l’on appellera public, témoins, participants … en fonction de la valeur que lui donnera le performeur à ce moment. Cette audience permet au performeur d’être plus honnête, de se dépasser et aussi de trouver un soutien. Le public-témoin partage, reçoit l’espace et renvois des émotions qui sont en retour nourriture et support pour le performeur.

Dans le processus de performance en Mouvement Organique le public sera témoin, ce qui, part définition, le place dans une attitude de non-jugement et de bienveillance.

Quoi ?

Tout peut être l’objet d’une performance à condition qu’elle relie le performeur à un besoin, un désir, une émotion, un questionnement, une envie de partage, un conflit personnel, un enjeu créatif, un projet, une envie de donner, une problèmatique physique ou/et psychologique, un traumatisme, une histoire familiale, une œuvre, une odeur, un lieu, un souvenir, une mémoire …

La forme

Les performances pourront prendre n’importe quelles formes. Les détails comme le temps et le déroulement seront discuté et décidé durant le laboratoire.

Une performance pourra être écrite ou totalement improvisée. Chaque participant décidera du lieu, de l’espace et de sa forme. Celle ci pourra utiliser toutes formes d’expression artistique ou non.

La préparation

Le stage permettra aux participants d’explorer différents outils d’expression. Une attention très particulière sera portée au corps via les outils du Body Mind Centering®. Le BMC servira de porte d’entrée pour contacter le mouvement organique et sera couplé à d’autres champs d’expression comme la voix, le dessin, la parole, la danse, la marche, l’exploration en nature.

Un temps de méditation guidée sera partagé tous les matins.

Les participants peuvent venir avec un projet, une question, une idée, un ou des objets, des costumes, du matériel de dessin, de la peinture, du matériel vidéo … ou rien du tout, avec juste leur matériel primordial, le corps !

Mon histoire personnelle de la Performance.

DSC09256-2
Au cours de ma carrière artistique de performeuse je me suis souvent intérrogée sur ce que signifiait pour moi la performance. Je me suis questionnée sur les différences entre jouer, interpréter une pièce, improviser sur scène ou dans l’espace public et performer au sens où je le défini ci-dessus.
Lorsque je joue une pièce ou que j’improvise il y a toujours en arrière plan une idée de séduire de plaire, de réussite, d’exploit. Dans des cas extrêmes, on peut penser que cette séduction ne s’adresse qu’en vers soi-même, c’est à dire par exemple que l’on peut improviser pour se faire plaisir, une sorte d’art pour l’art en lequel en vérité je ne crois pas vraiment ou du moins pas encore.
Dans ces formes de représentation qui sont d’ailleurs « performance » en anglais, et que j’affectionne et admire toujours , je perçois qu’il s’agit très souvent toujours d’un activité de l’Ego. Un mouvement qui cherche à accumuler, à grandir plutôt qu’a déposer ou à se débarrasser. On aime jouer devant un public pour être reconnu, aimé, pour effectuer une prouesse d’acteur ou de danseur. On en sort exalté dans le meilleur des cas, abattu dans le pire si ça n’a pas marché. On se laisse en proie aux mieux aux critiques, au pire aux jugements. On sert ou dessert une carrière, on vise presque toujours une reconnaissance.
La performance relie le corps à l’esprit, le matériel à l’immatériel, le réel à l’irréel, l’imaginaire au scientifique, l’art à la spiritualité et au politique, l’infiniment grand à l’infiniment petit. L’objectif premier du performeur n’est pas de recevoir mais de donner, de partager. Sa recherche est personnelle même si elle vise et/ou implique le collectif. Le performeur questionne, propose en espérant ou non une réponse, une résolution, une ouverture. Cependant toute performance est un acte engagé, car il necessite un mouvement sincère de la personne. La performance transforme, car toute action déposée a une conséquence. L’importance de cette transformation dépend de l’importance de l’enjeu engagé, visible ou non par le public, conscient ou non par le performeur.
Dans mon parcours artistique et somatique plusieurs personnes courants et artistes ont influencé ma pensée et mes recherches :
Durant mon enfance et mon adolescence tout d’abord ma mère qui était une grande praticienne et enseignante de yoga a été le premier exemple de personne en perpétuelle recherche spirituelle ; Les grands yogis tibétains que j’ai cotoyée dans mon enfance et qui m’ont ouvert les voies de la méditation ; La pensée et les enseignement de Krishnamurti qui ont imposé la voie du non-conditionnement et de la liberté.
Dans mon parcours artistique la démarche d’Anna Halprin et du Life/Art process qui définissent si bien le lien entre art/vie quotidienne/spiritualité et politique ; Marina Abramovic qui est a emmené la performance très loin dans son lien art/vie ; la pensée du Roy Hart theatre et en particulier les pédagogues Ulric Barford et Edda Heeg qui m’ont fait réaliser le lien très important entre la voix et le corps dans l’expression d’un mouvement authentique et bien sûr Bonnie Brainbridge Cohen la fondatrice du Body Mind Centering®, qui a crée et transmis le processus d’Embodiment que j’enseigne aujourd’hui et qui fut sans doute la clé de voute dans mon rapport à la vie, à mon histoire et à ma créativité.
C’est en explorant moi même le processus de performance durant ces rencontres et moments de recherches que j’ai réalisé le pouvoir de la performance en tant que « voie de guérison » ou processus de connaissance de soi. En mettant en scène et à nu certains aspects de ma personnalité et de mon histoire personnelle j’ai pu dépasser, comprendre et résoudre des conflits et des souffrances émotionnelles qui sans ce processus se serait imprimer dans mes tissus corporels et se seraient sans doute transmis de cellules en cellules.